Vous avez investi beaucoup de temps, d’énergie et pas mal de nuits blanches à construire votre carrière. Et vous avez enfin le métier et la place que vous espériez. Vos efforts ont payé. Et, pourtant… Aujourd’hui, une petite envie d’autre chose commence à vous tirailler. Cette envie grandit et, avec elle, une pointe d’amertume et de regret : « Tout ça pour en arriver là ? ». Tous vos efforts et votre travail auraient-ils été vains ? La réponse est non, bien sûr. Vous avez le droit d’être déçu mais vous avez aussi le droit de penser que cette carrière, ce n’est plus vraiment ce que vous voulez. Vous n’avez pas à tout jeter pour autant. Parce qu’on ne repart jamais de zéro : tout ce que vous avez construit peut devenir un tremplin pour la suite.
On décortique tout cela ensemble : la déception, le droit au changement et tout ce que vous allez pouvoir garder et réexploiter.
Le droit d’être déçu
L’histoire de Colette : tout ça pour en arriver là ?
Colette, son truc, c’est l’illustration. Elle a toujours aimé ça. Elle l’a toujours pratiqué pour le plaisir, dans ses loisirs. Alors, quand elle doit réfléchir à une orientation après le bac, une évidence s’impose : l’illustration. Elle sait que ce ne sera pas simple : des illustrateurs qui vivent de leur métier, il y en a quand même moins que des comptables. Et quelque chose lui dit que ce sera encore moins simple pour une petite bretonne d’une famille lambda.
Mais elle se dit qu’elle va tout donner. Et elle donne tout. Colette réussit à intégrer une école spécialisée. C’est cher mais elle bosse les week-ends dans la pizzeria de son quartier. Les cours, les projets, les intervenants : tout la passionne. Au moment de trouver un stage, Colette vise très haut. Elle décroche un stage génial… à Paris. Ses parents peinent à se loger eux-mêmes : ils ne pourront clairement pas l’aider à trouver un toit dans la ville la plus chère de France. Colette négocie un petit prêt avec sa banque, prend son baluchon et direction la capitale. Le stage est super, elle rencontre des gens passionnants et commence à tisser son réseau.
Les années passent et Colette continue. Elle décroche son diplôme haut la main, enchaîne des stages prestigieux puis les premiers postes. Elle se serre la ceinture : le salaire n’est jamais bien haut, mais déjà, elle a du boulot. Elle bosse en freelance quand cela devient nécessaire. Elle développe et entretient son réseau : elle ne compte même plus le nombre de soirées qu’elle y consacre. Elle passe de colocations surchargées à de minuscules studios. Dans une ville qu’elle n’aime pas tant que ça : Paris, il manque l’océan quand même.
Colette, avec tout ça, finit par faire un burn-out. Mais Colette décide de vite se remettre sur pieds : dans l’illustration, les places sont chères et elle ne veut pas laisser le sienne libre trop longtemps.
Et puis, plus ça va, plus Colette se sent à l’étroit. Elle ne dessine même plus pour le plaisir. Elle qui a toujours, toujours, eu un crayon à la main, que ce soit dans le bus ou même au restaurant.
Alors Colette m’appelle pour un bilan de compétences. Elle me raconte son parcours et son sentiment naissant : l’illustration, ça ne va plus avec la vie qu’elle veut et ce n’est peut-être plus fait pour être son métier. Mais Colette, surtout, me répète : « Tout ça pour en arriver là ? ».
C’est normal d’être déçu, de trouver le chemin vain
Colette est déçue, même amère : elle a beaucoup donné et beaucoup sacrifié pour en arriver là où elle est aujourd’hui. Pour se faire une place dans un milieu difficile. Pour se construire un réseau. Pour avoir, enfin, un poste intéressant où elle a des responsabilités et des libertés. Un poste où on reconnaît ses compétences.
Vous vous reconnaissez dans ce portrait ? Peut-être que vous ne savez même pas dessiner un lapin mais que, vous aussi, vous avez beaucoup donné pour votre carrière. Tous ces stages. Ces contrats d’alternance pour avoir de l’expérience professionnelle (vous vous rappelez quand vos copains de fac partaient deux mois en road-trip l’été et que vous étiez déjà coincé avec vos 3 semaines estivales de congés payés ?). Ces petits-déjeuners réseaux et ces afterwork pour développer votre réseau. Ces longues heures supplémentaires jamais payées. Ces heures de stress et de sueur à finir des projets urgents. Bref : vous avez beaucoup investi dans votre carrière.
Aujourd’hui, vous sentez poindre l’envie de changement. Et, forcément, vous vous demandez : tout ça pour en arriver là ?
Bien sûr que c’est frustrant. Bien sûr que c’est démoralisant. Bien sûr qu’on peut trouver ça dommage, qu’on peut trouver cela vain.
Mais est-ce que tous vos efforts ont été inutiles ? Évidemment que non.
Le droit de changer
Le travail, notre identité ?
Pourquoi cette envie de changement est aussi troublante ? Parce qu’au-delà des efforts que l’on a mis dans une carrière, on a tendance à se définir par cette dernière. Aujourd’hui, pour beaucoup, le travail est une identité. Un moyen de catégoriser les gens ou de les valoriser. C’est d’ailleurs souvent la deuxième question que l’on pose aux gens – qu’est-ce que tu fais dans la vie -, juste après le prénom.
Si Colette n’est plus « la fille qui fait de l’illustration », qui est-elle ? La question est déjà difficile mais imaginez essayer d’y répondre quand, en plus, vous ne savez pas ce que vous voulez faire le mois prochain. La complexité est là aussi : parfois, on sait que l’on a besoin de changement mais on ne sait pas exactement de quoi on a envie pour la suite.
Rajoutez à cela votre entourage qui s’en mêle et c’est le combo gagnant pour être complètement perdu – ou frustré. Parce que Colette, sa mère lui a déjà dit que franchement, elle n’allait pas abandonner l’illustration maintenant. Pas après tous ces efforts, ce serait trop dommage. Ses amis en ont rajouté une couche : elle est trop douée pour arrêter, c’est juste un petit coup de mou, il faut simplement qu’elle s’accroche un peu. Vos proches ont une certaine image de vous : c’est normal. Parfois, cela ne vous aide pas – bien au contraire. Pour comprendre ce qui est à l’œuvre dans leurs têtes et comment en faire vos meilleurs alliés, n’hésitez pas à lire mon article sur le regard de l’entourage lors d’une reconversion.
C’est OK de vouloir autre chose
Est-ce que l’on doit rester fidèle à une carrière tout sa vie ? On évolue, nos envies et nos priorités aussi. À 20 ans, on ne pense pas forcément à se marier et à adopter un chat : à 30 ans, l’idée peut commencer à faire son chemin. Votre rêve d’il y a 10 ans peut ne plus vous correspondre aujourd’hui. Et c’est bien normal. Pourquoi devrait-on s’attendre à ce que nos aspirations professionnelles restent figées ?
Changer, ce n’est pas renier ce que vous avez fait avant. C’est simplement reconnaître que vous êtes une personne qui évolue. On parle souvent de « trouver sa voie ». La réalité, c’est qu’il n’y a pas une seule voie, gravée dans le marbre, qui vous serait destinée. Votre carrière peut prendre plusieurs chemins et détours : c’est tout aussi valable. Il n’y a pas de contrat moral qui vous oblige à aimer ce que vous faites aujourd’hui pour toujours. Et il n’y a rien d’anormal à ressentir une forme d’essoufflement, de lassitude, ou simplement une envie de nouveauté. Ces moments de doute ne sont pas des échecs, mais des indices. Ils vous murmurent que peut-être, vous êtes prêt à passer à autre chose. Et sur la route, chaque pas compte, même les hésitations.
Ne regrettez pas ce que vous avez fait jusqu’à présent. Vous aviez des ambitions, des envies : vous les avez suivies. Et même si aujourd’hui vous voulez tout changer, vous ne repartez pas pour autant à la case départ.
On ne repart pas de zéro
Les compétences transférables
Si l’idée de changer de cap vous donne l’impression de tout perdre, rassurez-vous : ce n’est qu’une illusion. On ne repart jamais de zéro. Tout ce que vous avez appris, fait, développé ces dernières années : ce n’est pas dans le vent. Vous ne réutiliserez pas tout, bien sûr. En même temps, connaître le système de reproduction des rainettes a peu de chances de pouvoir être réappliqué ailleurs. Par contre, monter un dossier pour obtenir des financements, cela peut servir pour des expéditions à la rencontre des grenouilles du Costa Rica comme dans une association de lutte contre l’illettrisme.
On appelle cela des compétences transférables : des savoirs, des savoir-faire ou des savoir-être que vous pouvez utiliser dans différents métiers ou contextes, même très éloignés de votre secteur initial.
Exercice : Identifiez vos compétences transférables
● Faites une liste détaillée de vos missions actuelles et passées
Par exemple : animer des formations, planifier l’agenda de l’équipe, répondre aux demandes de devis, gérer les commandes, etc. N’hésitez pas à penser aussi à l’extra-professionnel : vous avez organisé un mariage pour 150 personnes ou vous coachez l’équipe de rugby de l’école ? Notez-le.
● Révélez les compétences
Décomposez chaque tâche : que faites-vous, exactement, pour la réaliser ? Qu’est-ce que cela vous demande ? Que mobilisez-vous comme connaissances, comme aptitudes ? Soyez aussi précis que possible.
Par exemple, vous postez sur les réseaux sociaux de votre entreprise ? Cela vous demande d’élaborer une stratégie éditoriale, de choisir un sujet, de rédiger de manière professionnelle avec un ton adapté, de trouver (ou créer) un visuel, de publier le post et de gérer les interactions avec votre communauté. Et pour faire tout ça, vous avez sûrement mobilisé vos connaissances en copywriting, en outils numériques ainsi que votre créativité.
Derrière chaque tâche, se cachent de nombreuses compétences précieuses et transférables.
● Rechercher les compétences transférables
Une fois votre liste établie, identifiez les compétences qui pourraient être utiles ailleurs. Consultez des offres d’emploi dans des secteurs ou des métiers qui vous attirent et repérez les compétences recherchées. Comparez ces attentes avec votre liste : quelles similitudes voyez-vous ? Ce sont vos compétences transférables.
Le bilan de compétences pour repenser votre parcours
Identifier vos compétences peut vous sembler complexe : c’est normal, ce n’est pas un exercice facile. C’est d’ailleurs toujours une étape difficile mais cruciale dans mes bilans de compétences : j’aide mes clients à revoir tout leur parcours et faire émerger précisément toutes leurs compétences. Même celles qu’ils n’avaient pas conscience de posséder. Ensemble, on identifie tout ce qui peut être réutilisé dans un nouveau secteur ou pour un nouveau projet.
Au-delà des compétences, un bilan permet de prendre du recul et de repenser sa carrière de manière plus globale. Nous analyserons aussi ce qui vous a conduit dans votre situation actuelle : finalement, pourquoi votre carrière ne vous convient plus ? Qu’est-ce qui vous manque ? Que voulez-vous conserver de votre quotidien ? Et à l’inverse, que souhaitez-vous gagner ou changer ? Identifier ce qui vous pose problème est primordial pour construire votre futur projet. Inutile de vous perdre dans les méandres d’une reconversion si c’est pour, au bout, arriver aux mêmes frustrations que celles d’aujourd’hui. Vos nouvelles priorités, vos enjeux : c’est tout cela qu’on travaille en bilan de compétences.
Faire un bilan de compétences, c’est voir votre parcours sous un nouveau jour. C’est prendre conscience de tout ce que vous avez appris et le valoriser, sans rien regretter. Parce qu’au fond, tout ce que vous avez fait vous a mené ici, vers un nouveau projet.
Conclusion
Quand on pense à changer de métier, il y a toujours un petit regret : tout ce temps, ces efforts, cette énergie — est-ce que ça valait vraiment le coup ? Mais peut-être que la vraie question, ce n’est pas de savoir si c’était vain, mais comment tout cela peut vous servir pour la suite. Changer de direction, ce n’est pas renier ce que vous avez fait jusqu’à maintenant : c’est reconnaître que vous êtes une personne en mouvement, qui évolue. C’est accepter que vos aspirations d’hier ne définissent pas celles d’aujourd’hui.
Vous vous sentez perdu face à ce tournant et vos doutes ? Contactez-moi : je vous accompagne pour transformer le « tout ça pour en arriver là » en un « tout ça pour aller encore plus loin ».