Vous connaissez cette sensation ? Celle du dimanche soir avec la boule au ventre en pensant au lendemain matin. Ces nuits où vous ressassez cette réunion infantilisante ou la pile de dossiers impossible à gérer. Cette fatigue qui ne part jamais, même après les vacances (d’ailleurs, vous tombez toujours malade au début de vos vacances. Hasard, vraiment ?). Si vous hochez la tête en lisant ces lignes, vous n’êtes pas seul. Loin de là. Une étude récente révèle des chiffres qui font froid dans le dos : près de 8 salariés sur 10 déclarent une fatigue professionnelle, plus d’un sur deux ressent un mal-être au travail.
Alors non, ce n’est pas vous qui êtes « trop fragile ». Non, vous n’êtes pas trop lent ou pas assez organisé. Il est temps de regarder la réalité en face : le problème n’est pas individuel, il est systémique.
Quand la réalité rattrape les promesses
On nous a toujours présenté le travail comme un facteur de bien-être. Un moyen de s’épanouir, de grandir, d’avoir une place dans la société, d’y contribuer. Bien sûr, il y a aussi la dimension financière : ce n’est pas avec des jolis Powerpoint soignés qu’on paye son loyer. Mais on nous apprend aussi qu’on doit, dans l’idéal, aimer son travail et y être heureux.
Il est déjà bien assez difficile de savoir ce que l’on veut faire (ah, les joies de l’orientation), puis de trouver un travail (ah, les joies de l’insertion professionnelle). Mais que se passe-t’il après ? C’est gagné ? Si on est motivé, si on est professionnel, tout va rouler ? Est-ce que ce serait si simple que cela ? Non, malheureusement.
Faites le test : aujourd’hui, combien de personnes autour de vous vivent-elles une situation difficile au travail ? Surcharge perpétuelle, manque de reconnaissance, management toxique, pression constante : je suis prête à parier que vous-même ou plusieurs de vos proches sont concernés. Alors, le problème, c’est quoi ? C’est vous ? Ce sont tous les salariés en souffrance ?
Baromètre du mal-être au travail
Ekilibre conseil est spécialisé dans accompagnement sur mesure des risques psychosociaux, de l’amélioration de conditions de travail et de la santé organisationnelle. Le cabinet a réalisé, au printemps 2025, une grande enquête sur le mal-être au travail : « Santé et conditions de travail – les causes racines du mal-être ».



Les résultats sont frappants :
- Près de 8 salariés sur 10 déclarent une fatigue professionnelle, révélatrice d’un épuisement physique et mental généralisé.
- Plus d’un salarié sur deux ressent un mal-être au travail. Parmi ces personnes-là, 3 sur 4 affirment que cela nuit à leur santé mentale et ou physique.
- En six mois, 1 salarié sur 5 a été arrêté pour un motif lié au travail.
- 1 personne sur 4 déclare avoir été victime de violences internes ou externes dans le cadre professionnel, souvent à répétition.
- Enfin, près d’un salarié sur deux affirme masquer ses émotions en permanence, pour « tenir ».
Ces chiffres révèlent que le monde du travail est devenu douloureux et que le mal-être n’est plus un problème isolé. Ce n’est plus une histoire de personne mais bien un problème plus global et plus profond.
Aujourd’hui encore, j’ai encore beaucoup trop de clients en burn out persuadés d’être le problème. Ils pensent qu’ils sont trop « fragiles », qu’ils exagèrent. Ils ont le sentiment qu’ils n’arrivent pas à s’organiser, à être assez efficaces, à « gérer ». Ils se sentent responsables de leur situation et ils culpabilisent. Ils sont dans un cercle vicieux où rallumer leur ordinateur à 22h30 est la seule chose qui les soulage un peu, tout en étant exactement celle qui les consume à petit feu.
Pourtant, l’étude d’Ekilibre conseil démontre bien que le problème n’est pas individuel. Nous ne sommes pas, en effet, tous devenus soudainement trop fragiles, trop capricieux, trop « faibles ». C’est bien le monde du travail, dans sa globalité, qu’il faut questionner, comme l’analyse Jean-Christophe Villette, psychologue du travail et des organisations et dirigeant d’EKILIBRE Conseil :
« […] : c’est un faisceau massif d’indicateurs qui témoigne d’une dégradation structurelle de nos environnements de travail. Ce que nous observons, c’est moins une crise passagère qu’un épuisement organisé qui s’enracine, devenu la norme dans trop d’organisations. Il est temps de sortir de l’anesthésie collective et de réinvestir la question de la soutenabilité travail. »
Au-delà du mal-être, on observe des violences de plus en plus présentes (25% des salariés interrogés dans l’étude affirment en avoir subi). On pense bien sûr au harcèlement mais ces violences sont parfois moins visibles, plus insidieuses. Comme le souligne Jean-Christophe Villette :
« La violence au travail ne commence pas toujours avec des cris. Elle naît souvent dans le silence, les mots blessants banalisés, parfois sous couvert d’« humour » ou de « simples maladresses ». Ce qu’on ne nomme pas, s’installe et ces violences finissent par faire corps avec la culture d’entreprise. ».
Les petites phrases, l’air de rien. Les mises à l’écart. Les « blagues ». Les dévalorisations discrètes.
Enfin, l’étude le confirme : « les causes organisationnelles (charge mentale, intensité émotionnelle, absence d’écoute, absence de reconnaissance, inadéquation des moyens) sont les plus puissants prédicteurs du mal-être, bien devant les caractéristiques personnelles ou contextuelles. Cette objectivation permet aux entreprises de ne plus se limiter à l’écoute des signaux faibles, mais d’agir sur les leviers structurels du travail lui-même. ».
Alors, finissons-en, définitivement, avec la culpabilité individuelle : arrêtons de pointer du doigt le salarié « défaillant », celui qui va mal, celui qui n’a « pas tenu ». C’est plus simple, bien sûr, que de remettre en question la culture d’entreprise, le management, les conditions de travail. Mais c’est essentiel et nécessaire pour avancer collectivement.
Enfin, face à ce constat accablant, une question surgit : comment sortir de cette spirale ? S’il est essentiel de poser un diagnostic, il est encore mieux de réussir à passer à l’action. Individuellement (on a quelques leviers !) et collectivement ensuite (plus difficile, mais pas impossible !).
Avancer
Alors, que faire ? Déjà, si vous le pouvez, en parler autour de vous. Partager cet article, cette étude, ces chiffres. Aborder la question de la santé au travail, c’est essentiel et cela pourra, peut-être, aider quelqu’un autour de vous. Commencer à diffuser l’idée que le mal-être au travail est un problème global – et pas seulement individuel – est aussi primordial pour déclencher des prises de conscience et amorcer des changements.
Vous êtes concerné ? Vous vous sentez à bout, fatigué, épuisé ? Ou l’un de vos proches vous semble dans cette situation et vous aimeriez en savoir plus ? N’hésitez pas à lire mon article sur le burn out : j’y partage informations et outils. Et, surtout : n’hésitez pas à vous rapprocher d’un professionnel de santé. Se faire accompagner et aider, ce n’est jamais superflu : c’est même parfois nécessaire.
À noter : l’État français a mis en place un dispositif permettant la prise en charge de séances chez le psychologue, pour toutes et tous. Ce service s’appelle MonSoutienPsy : vous pouvez consulter leur site et découvrir comment en bénéficier.
Vous allez… couci-couça ? Vous ne vous sentez pas mal, mais pas bien non plus ? Vous avez du mal à mettre le doigt sur ce qui cloche ?
De nombreux facteurs peuvent impacter votre quotidien au travail :
- parfois, c’est le manque de reconnaissance de votre travail qui fait mal : vous avez l’impression de beaucoup donner, de beaucoup faire. Sans un merci, sans un retour.
- cela peut aussi être une perte de sens au travail : vous y allez, vous bossez mais vous ne savez plus vraiment pour quoi, pour qui. Comment se motiver si on ne comprend pas pourquoi on travaille ?
- des fois, on se sent carrément perdu professionnellement : quoi, où, comment, pourquoi ? Tout se mélange, tout tourne dans votre tête : brouillard et questions, voilà votre quotidien.
Si vous avez envie de faire un point, n’hésitez pas à passer mon petit quiz : 3 minutes pour un état des lieux de votre situation et déjà obtenir des conseils !
Vous avez envie d’aller plus loin ? D’avancer ? Le bilan de compétences est fait pour vous : un accompagnement sur mesure, individuel, pour répondre à vos questions et vos besoins.
Je vous aide à clarifier votre situation et à déterminer des nouveaux objectifs pour votre carrière. Alignés avec votre vie et vos envies du moment.
Conclusion
Il est peut-être temps de se poser la question autrement : et si ce n’était pas vous, le problème ? Si ce n’était pas une question de « fragilité », de mauvaise organisation ou de manque d’endurance ? Et si, tout simplement, le système avait un peu trop tiré sur la corde ? Le mal-être au travail n’est pas un phénomène isolé. Il est massif, structurel, documenté. Et il mérite des réponses collectives. Si vous vous sentez concerné, fatigué ou en perte de repères, sachez que vous n’êtes pas seul et que des solutions existent. En parler, c’est déjà agir. Et agir, c’est commencer à se protéger.
Source : baromètre « Santé et conditions de travail – les causes racines du mal-être », réalisé par OpinionWay pour EKILIBRE Conseil. Télécharger les chiffres-clés ou visiter le site d’Ekilibre Conseil pour en savoir plus.