Reconversion artisan : pourquoi et comment ?

Créer quelque chose de ses mains. Avoir un travail concret. Voir le fruit de son métier.
Cette envie revient beaucoup chez mes clients, particulièrement chez les cadres. Le secteur de l’artisanat fait rêver. Comment s’explique cette envie de reconversion professionnelle largement partagée ? Et si on a envie de devenir artisan, d’exercer un métier manuel, comment s’y prendre ?
Je vous donne mes conseils pour réussir toutes les étapes de votre projet.

Les cadres abandonnent le navire

Pourquoi les cadres semblent-ils particulièrement enclins à se reconvertir vers l’artisanat ?
Je vous partage les pistes de Jean-Laurent Cassely, issues de son ouvrage “La révolte des premiers de la classe”. Ses réflexions ont également nourri, plus globalement, cet article.

Hypothèses d’un naufrage

Le travail est fragmenté, divisé. On conçoit dans tel pays, on fabrique dans tel autre, on distribue ailleurs. On stocke dans les zones rurales ou en périphérie. On réfléchit en ville (les métiers « intellectuels » se situent, en effet, bien souvent dans les zones urbaines). On sous-traite telle partie. Résultat ? Chacun ne voit qu’une infime pièce du puzzle. Difficile, dans ce contexte, de percevoir concrètement sa contribution.

Ce phénomène s’accompagne de nouveaux modes de travail : télétravail, numérisation des tâches. Il devient donc de plus en plus nécessaire d’encadrer le travail. On renforce les procédures, les règles, le reporting. On rajoute des couches et des couches à nos « vraies » missions. L’ensemble rend nos actions d’autant plus impalpables : qu’a-t-on fait de notre journée lorsque l’on a été derrière un écran à manipuler des éléments non matériels ?

Les déclassés

Notre formation et notre place dans la société jouent aussi un rôle dans ce phénomène.
Selon Louis Chauvel, sociologue, il y a eu une massification de l’accès à l’enseignement supérieur dans les années 1980 à 2000. Problème : cela ne s’est pas accompagné, en parallèle, d’une création de postes proportionnelle. Conséquence ? Une portion de chaque génération doit accepter une position sociale inférieure à celle qu’il pensait obtenir à la fin de ses études. Les opportunités ne sont donc pas toujours à la hauteur de l’investissement personnel et des espoirs qu’on y a misés.
Toujours selon Louis Chauvel : aujourd’hui, il nous faudrait un niveau supérieur à celui de nos parents pour espérer une position comparable à la leur.

Une nouvelle catégorie émerge : celle des « déclassés ». Il s’agit de personnes dont le niveau de diplôme/qualification ne correspond pas à l’emploi occupé.
En 2007, cela concernait un jeune diplômé sur trois selon le chercheur Philippe Lemistre. Si on inclut dans ce calcul les diplômés au chômage, les chiffres explosent : 57% de déclassés pour les diplômés de lettres et sciences humaines, 42% pour les sciences et la santé.

On comprend donc aisément la déception – voire l’amertume – que certains peuvent ressentir face au marché du travail.

Aparté : vraiment, ils se plaignent ?

Je rencontre beaucoup de cadres qui se sentent coupables de ne pas être heureux. Ils ont un travail confortable, souvent bien rémunéré. Ils ont des avantages. Sur le papier, les missions sont même intéressantes – au moins un peu. Ils ont conscience d’être dans une situation privilégiée par rapport à beaucoup d’autres. Résultat : ils se sentent mal et, en plus, culpabilisent de ne pas arriver à se satisfaire de leur situation.

Le malaise au travail est pourtant un phénomène global : il touche tous les niveaux de la société.

Il s’y traduit simplement différemment. Les ouvriers et les employés sont plus exposés aux risques psychologiques et sanitaires. Les cadres, eux, sont souvent plus concernés par les burn-out. La souffrance de ces derniers n’est pour autant pas à minimiser – même s’il est certain qu’ils ont plus de ressources que certaines catégories de population pour y faire face.

Si vous n’êtes pas épanoui professionnellement et que vous rêvez d’un autre avenir, c’est OK. Une situation qui coche toutes les cases sur le papier ne veut pas forcément dire que tout va bien. Vous avez le droit d’avoir envie de changer de cap et de carrière !

Le doux charme de l’artisanat

Pourquoi cet attrait massif pour les métiers du « faire » ? Pourquoi cette fascination pour les boulangers et les maroquiniers ?

Comme évoqué dans la première partie, le monde professionnel a beaucoup changé. Notre travail est parfois invisibilisé. Notre contribution devient impalpable. Or, on a tous besoin de connaître clairement sa contribution dans une chaîne de valeur. On veut connaître le sens de son travail, de ses actions. L’intensification de la fragmentation du travail rend cela de plus en plus complexe.

L’engouement pour les métiers manuels, et plus spécifiquement l’artisanat, peut s’expliquer par l’envie de reprendre la main sur un maximum d’étapes de la chaîne de production. C’est, finalement, être à contre-courant complet de la division du travail.
On s’éloigne aussi des écrans, des tableaux Excel, de l’immatériel. On manipule du concret.
D’ailleurs, on a même tendance, de plus en plus, à exposer les processus : on laisse délibérément visibles ses cuves de brassage de bière. On dispose ses fruits dans des cagettes en bois. Un peu comme une revanche sur le travail invisible. On montre, on démontre ce que l’on fait.

L’artisanat ouvre aussi la possibilité d’une rencontre, d’un face-à-face avec un client, ainsi que de reconnaissance simple et directe. Pour mesurer ses succès, on passe du reporting sur KPI à un « merci, c’était bon ». On conseille, on offre un service, on peut se sentir utile en quelques minutes. La proximité avec la clientèle est souvent forte, voire quotidienne. On s’intègre dans une dynamique locale, bien loin d’un environnement à échelle mondiale.

Reconversion artisan : les étapes

Un métier ausculté

Première étape indispensable : se renseigner sur le métier. Il faut en comprendre et analyser tous les aspects. Compétences et qualités requises, environnement de travail, salaire, débouchés, éventuelles contraintes physiques, etc.
Il y a l’idée que vous vous faites du métier. Et il y a la réalité derrière. Ce serait dommage de tout plaquer pour réaliser, après coup, que la dimension commerciale du métier de fleuriste ne vous convient pas du tout.

N’hésitez pas à faire des enquêtes-métiers. Interrogez des professionnels qui exercent le métier que vous visez pour comprendre leur quotidien.
Je vous encourage également à faire des immersions auprès d’artisans : vous découvrirez ainsi, sur le terrain, ce qu’ils font.

Un projet bien ficelé

Toute reconversion commence par un projet solide. On ne pose pas tout de suite sa démission (on dira au revoir à sa tour de La Défense plus tard). Il est nécessaire d’analyse la faisabilité de votre reconversion.
Comme pour le métier, vous devez prendre tous les paramètres en compte. Je vous partage quelques éléments à ne pas négliger, avec les bonnes questions à se poser.

Focus formation

  • Avez-vous besoin de vous former ?
  • Si oui, quelles formations existent ?
  • Combien coûtent-elles ?
  • Pouvez-vous mobiliser votre Compte Personnel de Formation (CPF) pour les financer ?
  • Combien de temps devrez-vous y consacrer ?
  • Pouvez-vous envisager l’alternance pour combiner théorie et terrain dès le début ?

Focus financement

  • Comment allez-vous financer votre période de transition ?
  • Pouvez-vous prétendre à des aides ou des dispositifs de l’État ?
    Il existe par exemple Démission-reconversion : cela permet aux personnes ayant un projet (reconversion nécessitant une formation ou création d’une entreprise) de disposer des allocations de retour à l’emploi (allocations chômage) via France Travail.
  • Avez-vous des ressources personnelles ?

Focus futur statut

  • Est-ce que votre futur métier s’accompagnera de la création de votre propre entreprise ?
  • Si oui, comment la financer ?
  • Comment s’y préparer ? Comment bien anticiper tous les aspects de la vie d’entrepreneur ?
  • Si vous pouvez et souhaitez être salarié : est-ce un métier qui recrute partout ? Ou devrez-vous déménager ?

Bref, il est nécessaire de bien identifier et préparer chaque étape de votre transition. Cela vous permettra d’anticiper les difficultés et de trouver comment les surmonter.
Cela vous conduira peut-être également à renoncer, plus ou moins temporairement, à votre projet. Je ne vous le souhaite pas mais, si la situation n’est pas favorable à une reconversion, il vaut mieux le savoir avant de vous lancer. L’objectif n’est pas de vous mettre en difficulté mais bien de vous épanouir ou, pour certains, de réaliser un rêve. C’est mieux s’il ne tourne pas tout de suite au cauchemar.

Se faire accompagner

Construire son projet, cela demande du temps. S’assurer que l’on pense à tout aussi.
Je vous encourage vivement à vous faire accompagner pour votre reconversion.
Cela a deux avantages majeurs :

  • Un professionnel de l’accompagnement vous aide à vous poser les bonnes questions. Il vous aide à identifier toutes les étapes et les éléments de votre transition. Il vous confronte aux contraintes, aux éventuels points bloquants. Et vous aide à trouver des solutions pour les lever.
  • Un bon professionnel de l’orientation connaît aussi les dispositifs et les structures pour vous aider. Il a les bonnes informations et peut vous conseiller. Il serait dommage de passer à côté juste parce que vous ne les connaissez pas, non ?

Un bilan de compétences, c’est donc mettre toutes les chances de votre côté pour réussir votre reconversion. N’hésitez pas à me contacter pour en parler !

Conclusion

Ces dernières années, de nombreux cadres ont quitté leurs bureaux pour mettre les mains dans l’argile ou les copeaux de bois. Pour certains, c’est une réaction à un monde du travail qui ne leur convient plus. Pour d’autres, c’est une passion qui prend de plus en plus de place. Peu importe les raisons de ces reconversions finalement : si cela aide les personnes à s’épanouir, tant mieux. Si vous êtes concerné : l’important, c’est de vous assurer que la réalité est conforme à ce que vous imaginez. Pour cela, pas de secret : il faut fouiller pour tout comprendre de votre futur métier. Deuxième étape : construire soigneusement votre projet de reconversion. Vous mettrez ainsi toutes les chances de votre côté pour réussir votre démarche.

Vous avez une idée de reconversion et vous aimeriez la challenger ? Vous voulez vous assurer que votre projet est bien construit et que vous n’oubliez rien ? Un bilan de compétences peut vous aider, contactez-moi !

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